Les véritables Vins de Terroir permettent de rompre de manière symbolique
avec les non-lieux de la mondialisation et de la standardisation.
Les véritables Vins de Terroir permettent de rompre de manière symbolique
avec les non-lieux de la mondialisation et de la standardisation.
Parfois, il y a des nouvelles tristes et vraiment inattendue. Le Mas de Libian - domaine prisé en Ardèche conduit par la famille Thibon - vient de subir une catastrophe dont on espère qu'il se relèvera.
Le Mas de Libian se refuse à toutes manipulations oenologiques et fait des vins natures extrêmement juteux et frais. C'est un réel plaisir de goûter à ces nectars, je vous en ai fait part à plusieurs reprises ici même.
Malheureusement et très récemment, le domaine qui devait travailler dans de meilleurs conditions avec l'achat de matériel, vient de vivre une grave déconvenue. Le domaine a acheté des cuves béton et lors d'un banal soutirage les vins ont malheureusement chuté en acidité changeant ainsi leur qualité première. Apparemment, ce sont surtout les cuvées "Khayyâm" et "Bout d'Zan" qui seraient touchées.
Au vu de la forte demande, le domaine est obligé de vendre par réservation ou allocation à l'année. Ces dernières ne pouvant être honorées, c'est une perte évidemment financière mais surtout affective ... Alors modestement j'adresse tous mes voeux de redressement moral aux acteurs du domaine. Le financier, on verra plus tard en espérant que la procédure judiciaire soit favorable ...
"Il fait soif" de Maxime-François Laurent c'est un peu cette bouteille rafraîchissante après laquelle on court toute la journée quand la vie nous fait partir dans tous les sens. Une fois attrapée cette précieuse et passé l'étape d'un débouchage fastidieux, vous voici prêt à vous désaltérer avec un vin si juteux que 75 cl ne suffise plus ...
Car quand on s'approche du verre c'est votre nez qui voudrait bien s'allonger et plonger dans tous ces fruits. La sensation d'une macération carbonique est là mais peu gênante à vrai dire. Je trouve qu'elle contre plutôt bien l'alcool et laisse dessiner des fragrances de grappes écrasées et de fraises chauffées par le soleil. Le vin est un peu solaire certes, mais il se laisse délicieusement boire par sa fraîcheur et les saveurs de fruits acidulés. Pour une soif complète, servir un peu frais ce rouge n'est pas trop demandé. Un vin pour les personnes aimant les trames digestes et les rouges avec de l'énergie. Car ce "Il fait soif" n'est pas mou. Bien au contraire, il respire la santé, la niaque ... Cela renforce son côté glouglou avec une buvabilité inouïe !
Perdu dans les caves et aveuglé par les vapeurs oxydatives du domaine Macle à Château-Chalon dans le Jura, deux jolis "Vin Jaune" se sont dénudés pour offrir leur for intérieur. Introspection rapide mais néanmoins réelle de deux flacons ouverts pour l'occasion.
Le Vin Jaune 2004 pour commencer ... qui nous entraîne dans un registre d'oxydatif noble sans caricatures. Mélange subtil de gingembre, de curry et d'aspect noisetté. L'attaque de bouche semble superbe même si la patience sera le maître mot de tout amateur. Le vin est salivant, long et libre, encore basé sur une trame tendue et dure mais ce Château-Chalon s'annonce bien pour les décennies à venir.
Vient ensuite le moins attendu 1998. Lorsque l'on se plonge dans les aromatiques, il n'a rien de comparable au 2004. Les notes enfantines se sont évaporées pour laisser la place au thé vert, au tilleul, aux notes de meubles cirés. C'est un état d'esprit beaucoup plus ciselé avec un oxydatif très fin voir secondaire. Nette persistance de bouche avec un ensemble apaisant. La fougue que faisait ressentir le 2004 est substituée par l'harmonie pour ce 1998. On sort du verre avec une trame tannique et minérale.
Deux bouteilles à siroter tranquillement avec le titre "Black Moon" de Wilco dans les oreilles ...
Aymeric Hilaire & Mélanie Cunin désormais plus connus sous le nom de Domaine Melaric ont commencé à écrire une histoire dans le Saumurois en 2006. Depuis, de nombreuses belles cuvées sont sorties des tonneaux du domaine. Orienté - de mon point de vue - "vins natures précis", le domaine s'exerce sur 4 hectares travaillés en biodynamie. Leurs vins vivants sont clairement liés au Terroir de craie qui les entoure.
Les vins produits sont assez posés, expressifs et d'une belle tenue. "Le Tandem" est un rouge mêlant cépages locaux, Cabernet Franc et Grolleau Noir. Pourtant c'est un nez de Pineau d'Aunis que l'on respire avec des notes élégantes de poivre. La bouche montre son esprit glouglou et digeste à souhait. La fraîcheur est saisissante, le vin est gouleyant et construit sur une matière souple. Un Tandem aérien, surprenant par ses saveurs sudistes mais c'est un bonheur de boire un canon aussi digeste que celui-là !
D'autres cuvées sont produites et notamment "Billes de Roche" déclinées en Rouge et en Blanc. J'apprécie particulièrement ce "Billes de Roche" blanc. Un Chenin bâti sur l'équilibre. Alliant une très belle maturité mais aussi une droiture liée au terroir, ce blanc impose par l'ampleur qu'il dégage. Un Chenin sublime à l'esprit cailloux. C'est salivant avec une patte minérale. L'élevage ne se sent pas du tout (contrairement au "Billes de Roche" Rouge) et cela donne un vin précis et sur la craie. Cette craie, on la retrouve sur la cuvée "Clos de la Cerisaie" vinifiée en rouge. Un rouge qui plonge dans le terroir, un rouge élégant, un rouge sur la tension, un rouge minéral, un rouge crayeux ... Ce couple fait des vins d'esthète, ils sont aguerris aux cépages et terroirs locaux, les jus sont libres et les vins en devenir ...
Le Domaine Guillemot à Clessé c'est 6 hectares de vignes au sud de la Bourgogne, 20 ans de biodynamie, seulement 35 000 bouteilles par an et 200 magnums pour les chanceux, des vignes de 50 ans choyées, un élevage en cuve sur lies et jamais sous bois pour garder l'expression du fruit et de la vigne.
Dans les vignes Marc Guillemot s'obstine à un travail de rigueur pour conserver des sols vivants. Tout produit phytosanitaire de synthèse est donc prohibé au profit de préparations à base de plantes ou de substances minérales. Enherbement, préparations biodynamiques et entretien du sol favorisent l'activité microbienne des sols. Sur la photo du dessus, les vignes des Guillemot se trouvent à droite avec cette vision d'un sol meuble et davantage de terre. Sur la partie gauche de la photo, il s'agit d'une parcelle conduite en chimie par un voisin. Le sol en surface semble érodé et beaucoup plus dur.
Le domaine ne produit qu'une seule et unique cuvée. Elle se nomme Quintaine. Souvent on peut retrouver d'anciens millésimes en appellation Mâcon-Villages. En 2010, cette Quintaine se trouve sous l'appellation Viré-Clessé. Beaucoup plus logique pour le domaine au vu de sa situation géographique.
Et le vin dans tout ça ? 2010 commence à s'ouvrir sur des notes florales dès l'ouverture. On sent une grande maturité pour ce Chardonnay qui semble fin et aux sensations aériennes. La bouche est sensuelle et laisse parler le gras du cépage au départ. Très vite, le vin gagne en tension et en vivacité offrant son caractère droit et précis. C'est salivant, équilibré et surtout doté d'une belle pureté. Incontestablement le vin évoluera bien dans les années à venir pour les plus patients.
Il paraît tranquille comme ça Jean-François. Mais croyez-moi, derrière son air pensif, serein et décontracté se cache un sacré bonhomme.
Jean-François Ganevat, vigneron à Rotalier dans le Jura, reprend les reines du domaine familial en 1998. Aujourd'hui, il s'amuse sur un peu plus de 8 hectares. En guise d'apéro et avec sa pipette indéboulonnable dans la main, JF nous fait goûter quelques 2011. Son Chardonnay "Grusse En Billat" se goûte déjà très bien avec sa structure droite et minérale. Idem pour son Savagnin Franc de pied planté en 2000 qui délivre beaucoup de tension et un équilibre à se rouler par terre ! "J'en Veux" 2011 qui est une cuvée de 18 cépages rouges jurassiens se montre super frais. C'est remplit de fruits croquants avec un aspect digeste qui frise la perfection. Ci-dessous, l'étiquette à l'esprit tendancieux de la cuvée J'en Veux.
Chez les Ganevat, on a le sens de l'effort (j'ai pas voulu dire du vrai travail, quelqu'un a dû utiliser cette formule à mauvais escient). Du travail, il n'en manque pas puique JF essaye de replanter les 52 cépages qui existait autrefois dans le vignoble Jurassien. En effet, les cépages du Jura ont été reduit à 5 seulement, avec le Savagnin et le Chardonnay pour les blancs ainsi que le Pinot-Noir, le Poulsard et le Trousseau pour les rouges.
Sur les 52 cépages existants, M'sieur Ganevat en a replanté 45. On dirait bien que c'est en dehors des schémas traditionnels que Jean-François a trouvé la solution. Un travail de titan quand on sait qu'il s'efforce à conduire des parcelles avec une densité de plantation complètement dingue. Parfois on atteint les 25 000 pieds à l'hectare comme dans cette parcelle de Trousseau (Cuvée "Plein Sud").
Cela ne se voit pas comme ça sur la photo, mais il y a bien 25 000 pieds/ha et surtout tous les piquets ont été installé au marteau-piqueur (la roche est juste en dessous). Est-ce d'ailleurs cette parcelle de Trousseau qui servira de test pour une future cuvée en commun avec le domaine Overnoy-Houillon ? En effet, petit scoop, les domaines Ganevat & Overnoy feront peut-être bien une cuvée ensemble de rouge. Le Trousseau viendrait de chez JF Ganevat et le Poulsard de chez Overnoy-Houillon. Une cuvée qui vaudra son pesant de cacahuètes ...
On continue la dégustation avec la "Cuvée de l'Enfant Terrible". Une matière fraîche et naturelle. C'est plein de fruits croquants mais avec une dimension de pureté sans comparaison. C'est juste cristallin. J'adore.
La suite n'est qu'une avalanche de dégustations que je ne peux m'amuser à vous conter ici par peur de vous lasser. Simplement pour vous dire que la cuvée "Florine" est énergique et minérale, que la cuvée "Chamois du Paradis" s'étire davantage, avec plus d'équilibre dans l'ensemble malgré encore un petit côté lacté, que la cuvée "Marguerite" possède ce superbe volume de bouche avec beaucoup de tension, que "Les Grands Teppes" montrait ce nez de petit poil à bois, de morceaux de chêne et de gaufre, que "Les Chalasses vieilles vignes de 1902" s'est dévoilé sous un jour d'alliance entre haute maturité et esprit de cailloux, que "Les Chalasses Marnes Bleues" exprimait nettement son pH de 2,80 et donc cette acidité tonitruante avec une bouche d'une salinité mon Dieu ... et que son Vin Jaune 2003 est d'une pureté ! Un monstre, que ce Jaune, dompté par une bouche délicate et subtile. C'est fin et géant à la fois. On se demande même, ne serait-ce qu'un instant, où est l'oxydatif ...
Voilà, il y a longtemps que je n'étais pas parti avec une telle banane de chez un vigneron. Tous les vins sont expressifs et possèdent cet esprit Terroir. Il n'y a pas un vin où l'on ne tombe pas sur du cailloux et une grosse personnalité. Avec ses petits volumes Jean-François croule sous la demande. Il confiait qu'il pourrait vendre 100 fois ce qu'il avait avec une telle demande. La rançon de la gloire ... et ce n'est pas la BD Les Ignorants d'Etienne Davodeau où un chapitre lui est consacré qui va réduire l'engouement pour ses vins ...
Le Champagne Les Rachais c'est l'histoire d'une parcelle unique cultivée en biodynamie par Francis Boulard et sa fille Delphine. C'est l'une des bulles de Chamapgne qui ne laisse pas insensible, loin de là. Une bulle souvent frénétique et à l'esprit plutôt impétueux. Beaucoup de personnalité dans une seule et même bouteille, une petite sphère de gaz délicate et preque imperceptible pour un traumatisme turbulent.
Cette cuvée s'ouvre donc sur des notes de citrons confits, des notes riches et de haute maturité. Mais habilement, les fragrances d'iodes font leur apparition et ne lâcheront plus les aromatiques. De l'iode, de l'iode, de l'iode ... Cette sensation extrêmement pure n'est pas sans me rappeler la dégustation d'une bière Cantillon. La bouche confirme avec sa texture salivante. Les Rachais c'est avant tout du vin. Cet émoi vineux - lié aux saveurs salées - montre la voie pour l'appréciation d'un Chamapgne de tension mais aussi de caractère. Il y a toujours de la carrure dans les Chamapgnes de Francis Boulard. C'est à ce point énergique. Ce 2006, à peine dégorgé de février, se cherche encore un peu mais ce Blanc de Blancs (pur Chardonnay) reste puissant, démonstratif et sans faiblesses. Je n'en connais pas deux comme celui-là.
Ces vignes d'une quarantaine d'années, en sélection massale, semblent donner des jus de plus en plus subtils chaque année. 2004 était superbe mais un peu dosé (Extra Brut). 2005 & 2006 sont vifs, tendus, vivants ! C'est une bulle que j'inscrirais davantage dans un esprit gastronomique car il faut la contrer, lui offrir du volume pour qu'elle s'exprime entièrement.
La plupart d'entre vous ont probablement vu ou lu dans les médias que notre président de la Répubique (peut-être pour seulement quelques jours encore) est allé visiter un domaine viticole du côté de Vouvray. Plus précisément il est allé au domaine Allias. Nicolas Sarkozy a donc goûté deux vins, dont un Vouvray demi-sec 2008 (après confirmation des propriétaires du domaine). Le Pti Journal du Vin Naturel s'est donc mis en tête de savoir à quoi pouvait ressembler un vin dégusté par un président.
Premier nez complètement sur le soufre ! C'est clairement fermé avec des notes métalliques (SO2). Les aromatiques semblent chimiques avec un mélange de sucre et de sulfites. J'ai eu l'impression qu'il y avait comme une chape (sorte de revêtement) au dessus du vin et qui l'empêchait de s'exprimer (particulièrement le fruit). Au-delà de ce premier nez, je suis parfaitement conscient que ce genre d'arômes flatteurs séduient 9 personnes sur 10 si ce n'est pas plus.
La bouche présente un sucre mal intégré. C'est lourd, riche et sans grande digestibilité. C'est agressif avec une finale grasse et pleine de soufre encore une fois (fermé et resserré). Il y a une sorte d'enveloppe sucrée autour du vin qui masque tout son potentiel primaire. Un Chenin bien peu adéquat pour se régaler ...
Ce domaine de 14 hectares travaille en viticulture biologique, la preuve en est que cela ne fait pas tout. Pour moi, il réside beaucoup trop de maquillage dans ce vin pour une expression complète de ce Vouvray. Dommage ... et extrêmement dommage pour un Homme d'Etat qui aurait franchement pu mieux se faire conseiller pour aller déguster dans le vignoble de Vouvray. Quelques uns de ses conseillés auraient pu lui souffler l'idée de goûter les Vouvray de Vincent Carême, ceux de Pierre & Catherine Breton, de Sébastien Brunet, ou encore de François Chidaine ...
Le coup de coeur ou la révélation de ce début d'année, je l'ai eu au domaine des Cavarodes conduit par Etienne Thiebaud. Ses vins, pas encore mis en bouteilles, m'avaient impressionné lors d'une dégustation à la Dive Bouteille rayon Jura en Janvier dernier.
Déguster chez lui, c'est tout de même plus appréciable. Etienne est adorable, son accueil très humain, ses réponses à nos questions sont justes, formels et il n'esquive rien. Etienne Thiebaud s'est installé à Cramans en 2007. Il cultive 4,5 hectares répartis sur plusieurs terroirs disposés à Montigny, Mouchard, Grozon ...Ses vins tirent leur quintessence sur des terroirs marneux, d'éboulis calcaires et de calcaires du Kimméridgien.
Le vigneron s'attache à faire des vins avec ce bon sens paysan, il vinifie sans soufre et les vins sont élevés sous bois dans de grands foudres le plus souvent. Travail des sols, labours, pas de désherbants, enherbements, vendanges manuelles, pas de machines qui pourraient triturer les raisins ... Il en sort des vins absolument droits avec un fruit généreux et des matières équilibrées.
Retour sur quelques dégustations avant emprisonnement des jus en bouteilles ...
- Arbois Poulsard 2011 : Un rouge qui n'a pas encore vu de sulfites et qui se porte à merveille sur des notes juteuses et croquantes de fruits rouges. Aucune dureté, voilà un vin tout à fait aérien récompensé par un joli jus. Se boit sans difficulté.
- Vin de Pays de Franche-Comté Rouge 2011 : Sans soufre également ce VDP provient de vignes complantées de 10 cépages (Trousseau, Pinot-Noir, Pinot-Meunier, Gamay, Poulsard, Enfariné, Portugais Bleu ...). Superbe nez aux fragrances toniques et profondes. Bouche ample, plus tannique que le précédent et se resserrant un peu en finale. Le soutirage (aération) lui fera du bien.
- Trousseau "Messagelin" 2011 : Un rouge élevé en foudre et se présentant comme un superbe canon. Du jus, de la longueur, beaucoup de fond. Sensation d'une belle niaque sans sévérité. Trousseau avec un milieu de bouche plein et frais. Splendide trame aux tanins délicats. Bref, 2011 se goûte décidément très bien dans le Jura, une réussite.
- Chardonnay-Savagnin 2011 : Vignes de 3 ans plantées en 2009 sur la commune de Mouchard. Nez de gousse de vanille, minéral gourmand avec une tension déjà bien affirmée. Gamme aromatique nette et sensation pure en finale de bouche. Voilà un vin blanc qui file droit.
- Côtes du Jura Savagnin 2010 : Vinifié en fûts, le nez s'avère encore un peu fermé. Par contre, la bouche est magistrale de précision. C'est salivant avec une acidité exacerbée. Génial !
- Arbois "Guille Bouton" Chardonnay 2011 : Vin plus riche semble-t-il à l'attaque avec un joli finish tannique pour ce blanc encore en élevage. Arômes un peu fermentaires en bouche, une trame légèrement nébuleuse. Le vin a besoin de s'affiner et donnera quelque chose de superbe avec un an d'élevage supplémentaire. Le même vin en 2010 est net et salivant. Pur et déjà minéral, c'est une perle !
- Savagnin "Grozon" 2011 : Celui-là quand il aura décidé de s'ouvrir ce sera une bombe ! Gros volume mais grosse tension aussi. Encore fermé malgré la salivation de fin de bouche. Pur, net et facile, il en impose par sa présence.
- Pétillant Naturel Poulsard/Trousseau : Une bulle de 2011 qui se montre ultra juteuse. Rien que du fruit ! Jolie bulle délicate malgré une pointe de sucre qui alourdit légèrement la matière à mon goût. Dommage mais extrêmement fringant.
- Vin de Table "Le Païen" 2009 : Vin issu d'un passerillage hors souche (comme un vin de paille). Ce vin (avec du sucre résiduel donc) est composé de Poulsard, de Chardonnay et du cépage Enfariné. Ce dernier apporte beaucoup d'acide tartrique. Les anciens l'utilisaient beaucoup autrefois dans les parcelles afin d'utiliser le moins de sulfites possible (j'en reparlerai avec un article sur le domaine Jean-François Ganevat). Bref, le vin montre un nez avec une pointe oxydative qui tient le vin en contrant le sucre. Bouche vive, fraîche et digeste malgré le sucre résiduel. Notes de pruneaux, de blé noir et de figues. L'acidité donne une fin de bouche alerte à l'aide du cépage Enfariné je pense. Un vin de paille vraiment gourmand.
Le sentiment général de ce moment passé avec Etienne Thiebaud restera qu'il ressort une grand trame dans les vins du domaine. Les vins sont purs et se montrent plein de belles métaphores. Ne reste plus qu'à attendre leur mise en bouteille et un peu de vieillissement pour les plus patients afin de profiter pleinement de ces jus.
Les soirées de l'Hôtel Maillard, exemplaire numéro 3
Fidèle et Blanc d'Argile tracent le sillon. Ces Champagnes - signés Hélène et Bertrand Gautherot alias Vouette & Sorbée - montrent à quel point l'on peut savourer, avaler, grumer et se délecter avec des petites bulles ... Ce sont des Champagnes incroyablement salins et purs. Deux oeuvres qui pétillent ...
Un grand magnum de Nourrissons 2004 peut être parfois une petite déception. Enthousiasmant au départ, ce vin de Stéphane Bernaudeau s'est révélé sur des aromatiques soufrés, des notes pétrolées et une matière noble mais un peu riche. Le Blanc du Casot 2007 - lui - est exceptionnel. Quoi qu'il arrive, les vins du Casot des Mailloles sont fabuleux mais là ce 07 est un vin d'explorateur. Il y a du génie dans ce flacon ...
La bouteille de la soirée pour moi ? Le Morgon 3.14 d'Agnès & Jean Foillard millésime 2004. Pouuuufffffff, magique ! Ce jus touche à la finesse, à la vivacité, à la grâce ... C'est long, rassurant, anesthésiant. Un canon qui réjouit les coeurs. J'en profite pour faire un mea-culpa à propos d'une 3.14 millésime 2007 avec laquelle j'avais été un peu dur mais néanmoins sincère ici. J'ai pu régoûter cette 2007 depuis (merci Philippe) et je dois bien avouer qu'elle est sublime. Elle s'est tournée vers des sensations salées qui lui vont à ravir.
Choisir un Eléphant Rouge derrière ce Morgon était sans doute le meilleur choix à faire. Une bouteille inégalable. Du Cabernet Franc né en 2009 comme je n'en connais point d'autre. C'est tellement juste dans la maturité, c'est tellement gourmand, c'est tellement quelque chose cet Eléphant, le sang du Cabernet ...
Et puis la boire en compagnie de son auteur, Didier Chaffardon, cela permet de voir la vérité vraie. Ce vin est un réel plaisir avec ses sensations presque sucrées, son équilibre et sa buvabilité.
Le Vin de Liqueur de Pierre Overnoy servira de Trou Normand. Le genre de bouteille qui sait conquérir tout le monde. Les grandes bouteilles sont les bouteilles vides. Celle-ci aura mis tout le monde d'accord, un avis unanime : du bonheur. A chaque gorgée le vin se décuple, il change, il offre quelque chose de nouveau. Ce vin est une drogue avec ses saveurs de zetes de mandarines, de pain d'épice, d'eau-de-vie, de fleurs et de céréales. C'est long, complexe et cela résiste à tout.
Le franc de Pied 2004 alias Vignes Françaises en Foule de Mark Angeli est un ovni. Une finale enflante, un Chenin dynamique à l'ancienne sans superficialité qui s'amplifie à l'aération. L'Arcane à Sucre 2005 de Didier Chaffardon est un moelleux splendide. Le nez est, il est vrai, encore en retrait mais quelle bouche ! Voilà un vin plein d'énergie, qui ne tombe pas dans le mou et qui heurte par son plaisir proportionnel à la générosité de Didier.
La Pascole 2010 de Bruno Duchêne s'est avérée ennuyante. Une simple aération révèlera un style carbonique et donc un peu éphémère à mon goût. C'est bon mais entêtant. Cette Pascole 2010 souffre à mes yeux de la réussite incroyable de cette cuvée sur le millésime 2008.
Isidore 2004 est indéniablement grandiose. Une bouche énergique à la finale salivante. C'est complexe avec une bouche en perpétuelle évolution. Chaque gorgées apportent de nouvelles saveurs et offrent un plaisir unique. Son petit frère sur 2009 est tout aussi génial et offre un plaisir gustatif plus immédiat, sans doute moins complexe pour le moment mais l'avenir est devant lui.
Château Yvonne, cuvée Le Gory 2003, est un catalyseur. Il y a une banane (lire énergie) dans ce vin c'est incroyable. En bouche, un fil conducteur montre la voie. Une tension nette malgré une maturité plus que poussée semble-t-il.
Terminer par des vins avec une tendance oxydative, c'est l'assurance de veiller à une bonne fin de soirée. Jour de Fête 2005 de Jean-Marc Brignot est un petit bijou : un tourbillon de sel invulnérable. L'autre ovni est un vieux Savagnin ouillée de 1997 de Pierre Overnoy. 50 cl de bonheur suprême. Un vin quasi indescriptible avec une matière squelettique aux saveurs médicinales et caillouteuses. Un vin vicéral, loin de tout, une sorte de rempart à la tristesse.
15 bouteilles qui - comme dirait Didier Chaffardon - ne sont qu'au final que du jus de raisin fermenté mais qui semblent parfois un peu plus ...
Bravo aux participants pour leur éventail de buvabilité :
- Jill Silverman
- Didier Larnac
- Diane Debuisser
- Didier Chaffardon
- Etienne Vacquet
- Geoffroy d'Andigne
- Marc-Olivier Deblanc
- Patrice & Jacqueline Bernard
- Benjamin Baudet
- Philippe Méaille
Alexandre Bain, vigneron adorable, cultive quelques vignes du côté de l'appelation Pouilly-Fumé dans la vallée de la loire. Dès le début il travaille le plus naturellement possible, sans intrants chimiques et avec un travail du sol considérable. Je me souviens d'une première visite chez lui il y a quelques années où j'avais pris une claque mémorable lors de la dégustation de ses vins (avec notamment une splendide cuvée "Mademoiselle M").
"Pierre Précieuse" est donc un blanc issu de Sauvignon. Mais il ne s'agit pas d'un Sauvignon standard style ultra sulfité et végétal. Non ici, le moins que l'on puisse dire c'est que c'est mûr !
C'est un nez confit que nous offre ce vin. A l'aveugle, on peut s'y perdre un peu. Le vin donne l'impression d'un Gewurztraminer ou même d'un Viognier. L'aération fait jaillir beaucoup de vivacité et d'énergie à l'image du variétal du cépage Sauvignon.
La bouche est extrêmement sapide. On retrouve cette grosse maturité avec de la richesse ainsi qu'une certaine ampleur. Le vin se tient bien en bouche avec beaucoup de vitalité et de tension. Ce 2010 est expressif, sans failles et avec des aromatiques assez déroutantes pour un Pouilly-Fumé. J'adore !
Plus d'informations sur ce vin, c'est ici.
Si il y a bien quelqu'un qui m'a convaincu depuis des années par ses discours, son travail et ses vins c'est Richard Leroy vigneron à Rablay-sur-Layon. C'est ici qu'il s'est installé pour faire naître des vins émouvants. De son petit jardin de vignes est notamment né ce Noëls de Montbenault 2005. Un petit bijou que j'ai pu regoûter il y a quelques semaines.
C'est amusant comme ce vin a évolué depuis quelques temps. Je lui trouve une pointe oxydative qui commence à le rendre de plus en plus complexe. Cela va tenir le vin longtemps, pour de nombreuses années ... Ceux qui auront la patience d'attendre seront probablement récompensé par ce 2005 encore tout inoffensif. Il y avait ce nez oscillant entre fruits cuits, oxydatif ménagé et élevage complètement intégré. Un équilibre séduisant dans les aromatiques.
Difficile de ne pas être gagné moralement par la tension minéral, les saveurs de céréales chauds et la finesse de grain. La sensation volcanique est là. C'est salin mais avec une ampleur, une sorte de vague persistante, un tourbillon nerveux, énergique. Le vin semble vivant. Noëls de Montbenault 2005 est entré dans une phase de fougue, de frénésie et d'équilibre.
Derniers Commentaires