Publié le 24 Février 2015

Très joli Pinot Noir enclin à la fraîcheur et appuyé par une matière aérienne. Floral et féminin, c'est un Alsace 2010 au tactile subtil que j'ai réellement apprécié. Bravo, c'est très bon !

Pinot Noir de Kuentz-Bas

Voir les commentaires

Rédigé par Jean-Charles Huon

Publié dans #Alsace

Publié le 10 Février 2015

Voilà un blanc de Loire qui claque, un blanc dans le vent. C'est ciselé, porté vers la tension. Ce n'est pas le fruit qui domine mais l'expression d'un sol. Une approche du terroir, vers le schiste et sa minéralité. Cela rend un vin droit, net, carré. On vibre avec l'acidité. Le Chenin de Loire, c'est aussi cela.

Le vent dans les saules - Laurent Charrier

Voir les commentaires

Publié le 3 Février 2015

Voici une soirée dite de "l'Hôtel Maillard", délocalisée cette fois. Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas l'envers du décor de ces soirées. Il s'agit de goûter des vins hors-catégories. Le plus souvent ils ont pris de l'âge, les millésimes respectifs ont quasi disparu de la circulation et, en réalité, c'est un peu la pré-histoire du vin naturel (en Anjou) avec des cuvées tests. Certains vins issus de millésimes comme 2002, 2004 ou 2006 ne ressemblent aucunement à leurs contemporains issus des derniers millésimes. Parfois les vignerons ont changé de vision et de méthodes, d'autres n'ont rien chambardé depuis leurs débuts. Les soirées de l'Hôtel Maillard portent un regard sur tout cela en permettant d'ouvrir des bouteilles peu communes tout en les partageant pour comprendre. Et c'est enfin une compréhension du temps.

Cette dernière dégustation s'est déroulée au restaurant "Un Brin Folk" tenu par Pierrick & Marion à Angers. Nous vous le recommandons, vous y trouverez toujours un bon accueil et de belles tartines (sans oublié les desserts maison et leur fameux cheese-cake !).

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

La première bouteille est une habituée de ces soirées. Isidore 2004. C'est un peu le métronome du Chenin en Anjou. Le vin a légèrement refermenté et contrairement à ce que l'on pourrait penser c'est plutôt bon signe parfois. Ici flottent les avoines, les céréales et toute l'acidité nécessaire pour finir la bouteille. Un grand Isidore, prêt, dans toute sa splendeur.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

La seconde bouteille, c'est un magnum apporté par Michèle Aubéry du domaine Gramenon. 2007 cuvée "A. Pascal". C'est bon, très bon. Un millésime où la grêle a frappé les vignes. Le jus s'en tire bien, précis et gourmand.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Les Rachais. Un nom devenu célèbre dans le milieu des amateurs de Champagnes. C'est une cuvée produite par Francis Boulard et sa fille Delphine à Cauroy-les-Hermonville dans la Marne. Pur Chardonnay, dozage néant et grand vin. Du sel sur ce millésime 2009, c'est frappant. Il y a beaucoup d'énergie, semble t-il. Acidité et vinosité sont d'une évidente perceptibilité mais ce qui fait voyager c'est l'expression, la race de ce vin. Un des champagnes préféré des "Soirées de l'Hôtel Maillard" maintes fois débouchés sur divers millésimes comme 2004, 2005, 2006 ou 2007.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Le vin blanc suivant n'a pas fait l’unanimité. Plus fermé que les autres jus ouverts précédemment, il se présente dans un registre plus lourd et moins digeste. C'est un Manzoni du domaine Faradori en Italie qui nous est apparu monotone.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Rien de tel qu'une bouteille de Didier Chaffardon pour remettre le palais en place ! Et cette bouteille "Le Rouzé" en est l'archétype. Mais ce jus plaît ou ne plaît pas. Il n'y a pas d'autre alternatives. Cabernet Franc & Cabernet Sauvignon mêlé sur un millésime compliqué. C'est le vin de casse-croûte avec des sensations de verdeur (grappes vinifiées entières), de fruits croquants et d’acidité mécanique. C'est un vin de copain à condition de bien choisir ses copains.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Voici un blanc réfléchi, construit et assemblé avec quatre parcelles d'âge différents. Venu de Bourgogne, du domaine Naudin-Ferrand, on croirait un Sauvignon dégusté à l'aveugle. Un peu trop Sauvignon d'ailleurs et repousant à force. Par logique, on finit par se dire au vu du nom du domaine que ce sont des Chardonnay assemblés. Après vérification, ce sont des Aligoté. Malgré notre jugement hâtif, le vin ne nous a pas convaincu plus que cela malgré son peps.

 

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Le Puy 1989. Un beau jus, encore vivant. Il s'exprime assez justement. Même si les saveurs tendent vers le cuit et le tertiaire (sous-bois), l'équilibre est là. Il n'y a guère davantage à dire à son propos mis à part qu'il possède une belle franchise et encore quelques années pour se dévoiler encore. Un vin posé.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Top of the top ! Que dire à part que Richard Leroy produit des vins à son image. A la fois réfléchis, élégants, précis et toujours sur le registre de la tension. Depuis que Richard Leroy fait des chenins secs, chaque millésime est attendu et à juste titre puisqu'à chaque fois l'on s'aperçoit de la qualité de ses jus. Quelle définition !

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Mais parfois le Chenin peut s'avérer décevant. Prenez cette Coulée de Serrant 2013 et vous avez le prototype d'un vin blanc avec beaucoup de mollesse. La matière est lourde. Peu d'énergie dans la bouteille pour contrecarrer l'alcool. De mon point de vue, ce n'est pas l'équilibre que je cherche dans un Chenin. L'acidité manque cruellement et c'est pourtant cet élément qui fait que l'on peut terminer une bouteille. Ceci dit c'est à prendre avec précaution puisque ce 2013 a été mis en bouteille récemment. Un long carafage pourrait faire parler le vin autrement. Du temps en bouteille et une oxygénation seraient sans aucun doute des conditions meilleures pour la dégustation de ce vin blanc mythique de Loire. A revoir dans quelques années donc !

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Morgon "3.14" de Jean Foillard. Voilà un habitué des soirées Maillard ! 2005 se montre sous un beau jour avec un Gamay frais, élégant et gourmand. Le bois, sous-jacent, me gêne un peu et m'a toujours gêné sur cette cuvée (sauf 2004, un accident sans doute). Mais tout de même, ce jus est un jeune homme qui en dira tant d'ici quelques années à ceux qui ont la chance d'en avoir encore un peu dans leur cave.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

"La Mémé" 2008 du domaine Gramenon de Michèle Aubéry. Un jus sublime, frais, mentholé. Se caractérisant par une belle fraîcheur et des notes de garrigues ce soir-là. Un bonheur dans les verres !

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

2006 millésime plus que difficile à appréhender en Anjou. "Les Ecoliers" c'est, en faisant un raccourci, un demi-sec vinifié par Didier Chaffardon. Le jus est joli malgré une sensation de fatigue. Moins de reprise qu’habituellement avec les vins de Didier. Hormis cela, le vin est très digeste grâce un sucre parfaitement intégré.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

On continu avec du Chaffardon et le fameux "Canal Historique" 2005. Un rouge qui ressemble à un blanc et qui est surtout doté d'une acidité incroyable. Cette bouteille, il n'y a que dans ce genre de soirée que l'on peut la trouver et la boire.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Après la "Coulée de Serrant" décevante, voici un "Brézé" du Clos Rougeard décevant lui aussi. Mou, acidité masquée, vite écrasant, ce jus ne tient pas dans la longueur. Les autres cuvées débouchées ne font qu'accentuer cette sensation. L'oxygène n'aidera pas, en vain. La bouteille restera pleine.

Un Brin Rock - Les Soirées de l'Hôtel Maillard #13

Et pour finir, le Vinsobres "La Papesse" de Michèle Aubéry. Plus réduit que la dernière fois où je l'avais dégusté, le jus se montre pourtant gourmand avec beaucoup de fond. Un magnifique magnum !

Avec la participation de :

Michèle Aubéry du domaine Gramenon

Anne Demion de "Time 4 - Coffee Shop"

Pierrick & Marion de "Un Brin Folk"

Anastasia Rocque

Philippe Méaille

Didier Chaffardon vigneron en Anjou

Paul Guillouard (venu de Corse !)

Voir les commentaires

Publié le 22 Janvier 2015

Un Muscadet peint sur un ton hivernal avec une acidité prenante. Cela ressemble à un air marin. On y croise un fruité facile, un variétal tout à fait agréable. Vivacité, fraîcheur et droiture : les attributs qualitatifs d'un bon muscadet !

Je suis Muscadet

Voir les commentaires

Publié le 18 Janvier 2015

A l'ouverture la réduction saute au nez pour rapidement faire place à des notes de cassis et de sous-bois. La sensation dominante est la maturité poussée, confirmée en bouche par une puissance alcoolique (15 % vol) et une astringence agréable. L'acidité qui tient souvent les vins du domaine est bien présente et fait de cette "Papesse" 2012 un jus à la fois puissant et tout à fait gourmand à placer sur table avec des invités carnivores. Une cuvée qui tient son idéal dans la garde. Patientez quelques années ou - pour les plus impatients - carafez.

Domaine Gramenon / La Papesse de Michèle Aubéry-Laurent

Voir les commentaires

Publié le 14 Décembre 2014

Une Soirée de l'Hôtel Maillard rédigée le plus simplement possible. Un vin = Une sensation

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Festejar de Patrick Bouju : Pétillant rafraîchissant et visqueux où mélasse et sucre cohabitent si bien. Vive l'Auvergne !

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Arbois Pupillin 1998 de la maison Overnoy : Savagnin tout en démonstration avec une ondulation salée comme fil conducteur. Immense.

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Muscadet 2006 de Guy Bossard : Beaucoup plus sur le registre de l'amertume, parfois déséquilibré, moins énergique que d'autres millésimes mais au final c'est un vin plein.

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Petite pose iodée (ce n'est pas pour me déplaire ça !)

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Les Vieilles Vignes des Blanderies 2004 de Mark Angéli : de toute beauté, registre de Chenin magistral avec du souffle. Une époque où "ANJOU" était encore notifié sur les bouteilles...et en grosses lettres !

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Visinum du Casot des Mailloles : 2007 tombant à pic, acidité, volatile, belle matière infusée, tenue grâce à la l'acidité volatile.

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Viré-Clessé 2004 signé Philippe Valette : Autolyse de Chardonnay mais quelle race. Parfait sur table. Waaouh ça décoiffe !

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Roc des Cambres 1999 : Un test pour vérifier si nos palais sont encore vigilants... vin fatigué, tanins poussiéreux et travaillés.

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Julien Courtois, Franc de Pied 2005 : on change tout avec ce vin, phénoménale attaque et rétro. Oxydable dans la minute et offrant un registre très peu commun. Un vin représentant si bien l'étoffe d'une soirée Maillard.

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Il faut bien manger... et quel délice !

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Château Yvonne 2001 : Chenin magnifique ! Puissant, sphérique, allongé. I love it !

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Tarra d'Orasi d'Yves Canarelli : La claque de la soirée. Un vin Corse (cépages Sciaccarellu et Minustellu, parcelle exposée Nord, vignes pré-phylloxérique) avec une sublime fraîcheur, un vin juste...parfait. Je crois avoir soufflé que c'était un Pinot Noir à l'aveugle :-)

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Dessert !!!

Les Soirées de l'Hôtel Maillard ... n°12

Vieilles Vignes Éparses 2004 d'Eric Nicolas : Coteaux du Loir séveux à la richesse d'un beau millésime décrié en Loire mais donnant un jus accompli à grande densité.

Vous aurez remarqué l’absence, une fois n'est pas coutume, des vins de Didier Chaffardon servant habituellement de métronome ou de diapason pour la dégustation des autres vins.

Merci Philippe pour cette soirée Maillard, magnifique.

Voir les commentaires

Publié le 23 Novembre 2014

Il est de bonne manière de garder certains vins que l'on aurait pourtant souhaité boire rapidement après achat. La preuve m'a sauté au nez suite à l'ouverture de ce Chardonnay du Jura trouvé chez un ami. Le domaine Labet situé dans le petit village de Rotalier produit de nombreuses belles cuvées et "Fleurs" confirme l'idée d'un Chardonnay tonique en bouche. Le nez se montrait riche avec des notes de miel et de fruits confits. Nez attirant et bouche hypnotique avec une colonne vertébrale basée sur une acidité tranchante et bienvenue malgré la rondeur du jus. C'est équilibré et intense. J'adore !

Fleurs 2011 - Domaine Labet

Voir les commentaires

Publié le 9 Novembre 2014

Le domaine François Cotat établi à Chavignol dans le département du Cher fait partie de ces domaines mythiques depuis des décennies. Quel amateur de vin n'a pas entendu parler de "Cul de Beaujeu", de "La Grande Côte" ou encore des "Monts Damnés" ? La capacité de garde des vins du domaine est étonnante. Plusieurs terroirs composent une mosaïque ou une diversité avec laquelle le domaine donne vie à différentes cuvées de Sauvignon. L'approche parcellaire est forcément intéressante.

Ici je vous parle de la cuvée "Les Caillottes" au terroir calcaire. Ce sont les jeunes vignes du domaine qui donnent ce vin franc aux notes d'anis, de menthol, d'infusion et de sève. C'est tendu, droit et cinglant. Je me retrouve bien dans cette typicité de Sancerre : énergie des vins, franche pureté et élégance.

François Cotat - Les Caillottes

Voir les commentaires

Publié le 23 Septembre 2014

Un jour une personne que je connais à peine, m'a prêté par générosité et avec un large sourire un livre. Cette personne avait été séduite par ce petit ouvrage et tenait vraiment à ce que je puisse le lire et me faire ma propre idée sur le sujet. J'ai accepté et je l'ai posé sur un coin de bureau quelques semaines avant de m'y plonger. C'est, pour le moment, ce que j'ai lu de plus beau sur le monde du vin. Voici Mes aventures sur les routes du vin de Kermit Lynch écrit en 1988.

Kermit Lynch - Récit d'un (voyageur) amoureux du vin

Voici le récit d'un voyageur ou d'un acheteur itinérant comme il le dit lui-même, doté d’anecdotes comme il ne s'en vit plus de nos jours. Kermit Lynch, caviste californien, conte 30 ans de voyage dans les vignobles français à la recherche de vins d'émotions, de nectars vivants et de terroirs préservés.

Pendant des années K. Lynch a sillonné les routes de France pour découvrir des terroirs, des crus et des vignerons. Il évoque la découverte de la dégustation, ses premières émotions, la manière de sélectionner tel ou tel vigneron ou tel ou tel vin. C'est un peu la sagesse ce Kermit Lynch, il sait observer, écouter et retranscrire. Il raconte une époque entre les années 1960 et la fin des années 1980. Il a vu des générations de vignerons se succéder et la technologie nouvelle arriver et changer l'allure des chais et des vins. il a vu les fûts remplacés par des cuves inox. Il a vu des vins d'auteurs produit par un père puis rendu stérilent par le fils. Les filtrations, stérilisations, adjonction de sucre ont changé le rapport au vin. Il témoigne de cette époque où il vu et goûta ces changements. Les anecdotes sont bien contés et je ne résiste pas de vous en livrer quelques unes :

A propos des sentiments générés par la dégustation à l'aveugle :

"Avant ce premier voyage, ma seule école de dégustation, si l'on peut appeler cela une école, consistait en de fréquentes dégustations à l'aveugle, les étiquettes étant masquées pour cacher l'identité de chaque vin, ce qui est supposé garantir l'objectivité des dégustateurs. Invariablement, les gagnants étaient des bombes de gros calibres, des vins chargés de tanins et d'alcool. De tels vins font une impression écrasante, surtout au premier coup de nez de de langue, et c'est ce qui compte dans une dégustation à l'aveugle. Mais l'excès de tanin et d'alcool inhibe les pailles gustatives"..."Quand on déguste en situation normale, c'est-à-dire à table, où le vin tient sa vraie place, il est difficile de continuer à s'intéresser seulement au tanin et à l'alcool...."

Après une première rencontre et dégustation chez Hubert de Montille en Bourgogne :

"J'ai quitté la France en ayant fait ma première découverte en matière de vin, mon premier achat direct dans un domaine viticole français, et je me suis aussitôt senti totalement insatisfait des autres vins que je vendais. Dans l'avion mes pensées planaient. Je voulais trouver d'autres Montille. J'en voulais à Vosne, Nuits, Aloxe, Savigny, dans chaque village de Côte d'Or. Je voulais que le boeing 747 fasse demi-tour pour que je puisse commencer à dénicher des propriétaires. Cette seule dégustation avait été une révélation, et ce qui auparavant était pour moi une accupation intéressante devint une passion."

Sur le sujet de la chaptalisation forte de l'époque et des consommateurs :

"Bordeaux, Bourgogne, Beaujolais... presque toutes les régions viticoles de France sont coupables de surchaptalisation (on ajoute trop de sucre dans le moût de façon a augmenter la teneur en alcool). Cela, parce que le public veut des vins costauds et que pour lui un titre d'alcool élevé signifie un vin bien corsé. Autrefois, le Beaujolais était un vin léger, un peu pointu, facile à boire. On pouvait en consommer une bouteille au déjeuner sans avoir besoin de faire la sieste ensuite. Maintenant, ce Beaujolais que vous goûtez a probablement débuté dans l’existence avec 10 degrés d'alcool naturel - c'était un vin léger - pour finir en bouteille à 14 degrés - c'est devenu un vin très corsé. Après tout, c'est le consommateur qui décide si le vin doit avoir bon goût et un bon bouquet ou bien s'il doit seulement savoir cogner. Le jour où le public changera de critères, nous boirons tous du meilleur vin."

Kermit Lynch - Récit d'un (voyageur) amoureux du vin

Kermit Lynch nous livre parfois ses sentiments intimes au sujet de la France durant ses voyages d'années en années :

"La Vieille France disparaît, lentement mais sûrement. Depuis quinze ans que je la sillonne, les changements m'apparaissent radicaux. Dans la France nouvelle, la France syndicaliste, où c'est le conseil d'administration qui gouverne, où l'agriculture est orientée vers la production à tout prix, y a-t-il un avenir pour un domaine comme le château de l'Hospital (Vin du Bordelais), où le désherbage est effectué par un troupeau de moutons et où le compost organique est l'unique engrais ? Est-ce que seules les caves coopératives géantes ou des négociants groupés en sociétés anonymes nous approvisionneront bientôt en piquettes insipides et impersonnelles ?

Et puis parfois, il nous embarque dans ses souvenirs de dégustations :

"D'une couleur sombre et violacée, leur vin ne bénéficie pas d'une appellation contrôlée. Il a simplement le droit de s'appeler vin de pays. Bien qu'il soit délicieux et plein de caractère, susceptible d'éclipser bon nombre de ses brillants voisins dûment titrés, aucune encyclopédie du vin, aucun guide ni atlas viticole ne vous conduira à lui. Et la plupart des négociants américains n'ont pas envie de s'embêter : leurs clients exigent Napa Valley, Bordeaux, Bourgogne, tous les gros calibres, comme si tout le meilleur avait déjà été inventorié et catalogué, et comme si les étiquettes et les prix tenaient toujours leurs promesses. En 1982, le vin de pays de la Gautière (Paul et Georgette Tardieu dans la Vallée du Rhône) s'est vendu péniblement deux dollards cinquante la bouteille en Californie !"

Et aussi sa colère :

"Qu'en est-il du Saint-Joseph actuel ? Comment cette aire de production est-elle passée de moins de cent hectares à plus de quatre cents en moins de vingt ans ? Pourquoi l'appellation Saint-Joseph est-elle sur le déclin, tandis que ses volumes augmentent ? La réponse à ces questions réside sur les flancs de collines abandonnées, où règnent les mauvaises herbes et les éparses réminiscences d'une vigne devenue liane rampante. Les bureaucrates de l'INAO (Institut national des appellations d'origine) ont élargi les limites de l'AOC Saint-Joseph, réunissant d'un seul coup pratiquement tout ce qui se trouve sur la rive ouest du Rhône, de Cornas à Ampuis, soit sur soixante kilomètres au moins, y compris les terres basses du bord du fleuve, qui n'avaient jamais été plantées de vignes auparavant. Ils permettent à ces bibines de s'infiltrer sur le marché dans des bouteilles tout endimanchées d'une étiquette Saint-Joseph. Au diable le consommateur et la sincérité de l'habillage ! Au diable les scrupules à l'égard des prédécesseurs, qui ont peiné pour façonner ces collines escarpées en sites favorables à la vigne et qui ont laissé après eux des milliers de kilomètres de murs en pierre construits à la main parce que le vin de là-haut était meilleur. Rien n'est sacré pour ces officiels de l'INAO, qui constituent de dévaluer ces terroirs historiques alors qu'ils sont payés pour les protéger.

Sa colère à travers les mots de Gérard Chave :

"Chave m'a dit avec un grand sourire : Ils ont presque tous terminé leurs vendanges. Ils avaient peur qu'il ne pleuve, peur de jouer à la roulette. Certains d'entre eux ont fini depuis une semaine et nous débutons juste. Il n'auront pas assez de sucre naturel dans leur raisin et seront obligés de chaptaliser. Mais oui, c'est permis maintenant, même à l'Hermitage. C'est un scandale. Ainsi, les œnologues disent à tout le monde de vendanger plus tôt pour avoir davantage d'acidité de diminuer le risque de pourriture. Ils leur conseillent de vendanger de bonne heure et d'ajouter du sucre plus tard. Tenez, goûtez-moi ce grain de raisin encore vert. Il n'a ni goût ni caractère. Maintenant, goûtez un grain doré. Vous voyez la différence ? Ils veulent tous faire ce que j'appelle du vin technologique. Il peut être fruité mais c'est toujours le même goût, qu'il vienne de la Loire, du Rhône ou bien de n'importe où. Ce n'est pas ça que je veux."

Kermit Lynch - Récit d'un (voyageur) amoureux du vin

On n'en apprend beaucoup dans ce bouquin :

"Mon grand-père a fait du vin ici après la Première Guerre mondiale. Il le vendait en fûts aux bistrots du pays. Cinq francs le litre. Pour les gens d'Ampuis, le côte-rôtie était le vin de tous les jours. Ils buvaient un verre en jouant aux boules, dehors sur la place du village. Par la suite, après la Seconde Guerre mondiale, la vie a commencé de changer, son coût à augmenté. Les gens ont voulu davantage de confort. Avant, ils allaient à la pêche le dimanche et ils portaient les mêmes vêtements jour après jour, mais plus tard il a fallu que chacun ait une auto, puis une deuxième, un nouveau congélateur, des vacances. Pendant ce temps, le vin de la Côte-Rôtie ne se vendait guère mieux. Alors, que s'est-il passé ? On a décidé que ça ne valait pas le coût de labourer en coteau. Ça coûtait trop d’efforts. Et on a abandonné les côtes. Si la moitié de la Landonne est en friche, ça date de cette époque là. C'est à ce moment qu'on a planté en plaine, à l'aval d'ici. Mais on a planté des abricotiers parce que c'était plus rentable que de vendre du côte-rôtie. Des abricots, des laitues, des petits pois..."......."Cinquante pour cent de la Landonne en friche ! Et d'après René Rostaing, soixante pour cent du vin produit aujourd'hui à Ampuis vient du plateau, que les anciens avaient plus judicieusement consacré au maïs et au blé. Quelle tragédie pour l'un des meilleurs vignobles du monde !"

Intéressant de lire un témoignage de Jules Chauvet :

"Et aujourd'hui, il y a une différence parce que tout le monde veut des vins qui soient optiquement vides. Dans le temps, on ne faisait pas attention à la limpidité. Je ne sais pas comment nous en sommes arrivés à juger un vin par sa limpidité. Personne ne demande qu'un jus de fruit soit clair. Je me rappelle qu'en 1930, après le grand millésime de 1929, des clients suisses m'ont acheté du Fleurie en barrique, plein de gaz carbonique et encore sur ses lies. Ils ont roulé la barrique dans leur restaurant, l'ont juchée sur le comptoir, ils ont ouvert la bonde, remué le vin, enlevé le fausset et l'ont servi à boire tel quel. C'était comme de la soupe rouge, mais quel parfum ! Les Suisses étaient ainsi, ils voulaient le vin entier. Maintenant, vous devez dégazer, vous savez, faire sortir le gaz carbonique, mais en faisant cela, vous enlevez le parfum du vin. Si seulement nous pouvions convaincre le consommateur d'accepter un vin qui picote un peu mais avec tout son bouquet. Avez-vous remarqué combien tout le monde adore le champagne mais ne tolère pas la moindre présence de gaz dans un beaujolais ? "

Kermit Lynch - Récit d'un (voyageur) amoureux du vin

Et pour finir en simplicité, ce que peut penser Henri Jayer en 1985 :

Autrefois, mais il n'y a pas encore si longtemps, les négociants goûtaient le vin mis en vente à la propriété. S'il était bon, ils le prenaient ; sinon, ils le laissaient. Maintenant, il y a une analyse qui dit : tant et tant d'acidité fixe et volatile, la malolactique est terminée ou non. C'est comme ça qu'ils achètent désormais. Ce n'est plus basé sur le goût et c'est bien triste. Nous avons trop tendance à nous fier à la science, là où auparavant on accordait de l'importance aux choses naturelles. Ce qui est sûr, c'est que les anciens n'étaient pas stupides, et s'ils ont établi une tradition, elle était fondé sur leur expérience. Ils essayaient d'éliminer les facteurs défavorables et de conserver ce qui marchait le mieux. De nos jours, il n'y a plus cette expérience partagée. Dans le vignoble, les gens ne se parlent plus. Ça change tout. C'est le monde moderne, et le vin à changé avec lui. Aujourd'hui, la qualité moyenne est peut-être supérieure, je n'en suis pas sûr, mais nous n'atteignons plus les sommets d'autrefois. Moi, ce que j'aime ici en Bourgogne, c'est la diversité des styles d'une cave à l'autre. Mais nous sommes en train de perdre cette diversité avec leurs vins standard. Ils sont parfaits, parfaitement neutres, ils ne valent rien. Oh ! Beaucoup de restaurateurs les aiment parce qu'avec eux ils n'auront pas de plaintes. Pas de compliments, pas de réclamations. Mais le jour où nous n'aurons plus que des vins standards, nous allons nous ennuyer à mourir."

Bref si vous trouvez ce bouquin, lisez Kermit Lynch, vous ne vous ennuierez pas à mourir. Il vous dira que votre palais vaut davantage que les notes et les classements des magazines spécialisés. Qu'il faut vous écouter. Qu'il faut réfléchir à côté de quel plaisir vous seriez passé si vous aviez suivi les notations au lieu de votre propre goût !

Voir les commentaires

Rédigé par Jean-Charles Huon

Publié dans #Livres

Publié le 5 Septembre 2014

Voilà un Grolleau qui détonne dans la vallée du layon ! Il est à point, il est bon, il est juteux et profond. C'est mûr, d'une matière dense et ferme. Un jus où il y a du fond, de la longueur, du rythme. Un rouge à dominante structuré même si on y trouve une fraîcheur réjouissante. Décidément le Grolleau, au même titre que le Pineau d'Aunis par exemple, fait partie de ces cépages que l'on a arraché au profit d'autres dits plus productifs et vendeurs (Cabernet Sauvignon...) mais qui de nos jours sont replantés et certains vignerons savent vraiment les mettre en valeur !

Les Coteaux Kanté de Bruno Rochard

Voir les commentaires

Publié le 21 Août 2014

J'aime les vins blancs de tension, de vivacité, dirigés par un saillant marqué. Voici deux exemples de vins qui caractérisent mon indéfectible passion pour ces vins davantage portés vers le cailloux que vers le fruit. Ils sont plus austères, se livrent plus lentement mais plus sincèrement vue de mon palais.

Le Pitrouillet de Clément Baraut, devenu valeur certaine de l'appellation Savennières se montre de cette catégorie de vin net, puissant et salivant. C'est tranché, minéral et cinglant. un 2013 sans sulfites et parfaitement droit.

La Folle Blanche du même millésime de Marc Pesnot se montre plus gourmande même si elle est dotée d'une acidité naturelle bien marquée également. Le gaz carbonique se dissipe rapidement pour nous offrir un jus équilibré entre douceur et nervosité.

Deux bouteilles qui claquent sur 2013 !
Deux bouteilles qui claquent sur 2013 !

Voir les commentaires