Mais c'est lui qui devrait valoir 500€ ! - Les soirées de l'Hôtel Maillard n°4

Publié le 3 Juin 2012

 

     Les soirées de l'Hôtel Maillard ont pris une toute autre tournure ce samedi avec des vins ouverts avec plus de 130 années de différence. Car, à peine arrivé, c'est avec un verre de Nuits-Saint-Georges 1877 que j'ai pu me rafraîchir et tomber par terre. Déjà car c'est un moment unique, aussi car le vin était superbe et enfin car c'est une chance de remonter aussi loin ...

 

 

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La couleur éclatante de ce Pinot Noir 1877 sorti de sa bouteille soufflée à la main

 

 

 

Le vin s'offre sur des saveurs légèrement kirschées et d'eau-de-vie fine. Le volume est là, il n'y a pas seulement une trame acide mais un réel fond. De nobles arômes tertiaires se dessinent et le vin enfle en fin de bouche comme beaucoup de vin d'origine non-greffé. La finale se montre telle un ballon explosant doucement, doucement, doucement ... un 1877 en pleine forme, se livrant dans un bon état et avec une évolution du bouchon extrêmement lente mais sereine.

 

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Pourtant rien ne laissait penser que ce vin serait renversant au vu de la petite annotation sur la pancarte de la cave ci-dessus. Vous pouvez lire en haut à droite le terme "Dégueux" ... à tort.

 

 

8 vins du 19ième siècle et du début du 20ième ont été ouvert. Une expérience du temps prouvant que l'on est tout petit et loin de comprendre ce produit magique qu'est le vin. Parmi ces nectars, un Saint-Julien s'est aussi fait remarquer avec son attaque gourmande, avec ce fruit éclatant, dire que cela ressemblait à un Beaujolais sur la jeunesse n'aurait pas été une hérésie ... Un autre ressemblait davantage à un très vieux Xérès tandis qu'un autre vin rouge me semblait calquer la texture d'un Hybride ou peut-être d'un vieux Cabernet Franc de Loire. C'est donc ce Nuits 1877 qui restera à jamais graver dans nos mémoires de petits dégusteurs, un instant t irremplaçable et précieux.

 

 

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Ouverture du Saint-Julien à l'année inconnue mais à la couleur style Poulsard de Pierre Overnoy

 

 

 

S'ensuit ce qui pourrait s'appeler une vraie déception. Dans le monde du vin, quelques mythes existent et l'évocation de leur nom fait frissonner. Il y a bien évidemment les domaines de la Romanée-Conti, Anne-Claude Leflaive, Coche Dury, Mortet, Raveneau ... et les vins de Lalou Bize-Leroy (ex co-gérante du domaine de la Romanée-Conti de 1974 à 1992).

 

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C'était une première pour moi avec une cuvée de ce domaine mythique. Meursault 1er Cru "Les Gouttes d'Or" 2001 de Lalou Bize-Leroy (alias le domaine d'Auvenay). Comme ça, ça en jette. Mais bon, rien de tel qu'une dégustation pour s'en assurer ... Première attaque à la sensation gustative de Chenin, sensation de pêche et pointe de gaz. Attaque emballante mais le vin devient caricatural et s'enfonce avec une trame lourde, riche, pâteuse et grasse. La tension ne vient pas, l'équilibre penche vers la lourdeur ... On dirait un vin bâtonné (remuage des lies durant l'élevage) avec une tension et une minéralité inexistante. Notes de pommes blettes légères et petite rétro de carton mouillé après quelques minutes. C'est le très mauvais côté du Chardonnay, un vin pas du tout en résonance avec la renommée du domaine. C'est une nette déception, le vin ne se refera pas même après 4 ou 5 heures d'ouverture, il empire même. A ce prix là, près de 500€, mieux vaut se tourner vers le Nuits-Saint-Georges 1877 annoté "dégueux".  

 

Cela semble sévère mais ce sont des sensations bien réelles qui se sont d'ailleurs confirmées avec l'ouverture de 2 autres vins issus de Chardonnay, histoire de comparer ...

 

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D'abord un Chardonnay du domaine Overnoy-Houillon dans le Jura. Un Arbois-Pupillin 2010 (cire grise) avec plus de macération que les autres Chardonnay habituel du domaine. C'est plus gras qu'à l'habitude avec une petit aspect gourmand mais très vite la trame minérale revient. C'est une claque d'équilibre, un blanc avec de la niaque et pour longtemps. S'ensuit le fameux "Blanc d'Argile" de Vouette & Sorbée (alias Hélène et Bertrand Gautherot). Un Champagne d'esthète à la texture fine et subtil. Un gaz largement secondaire, du vineux mais surtout des sensations salées. C'est assez unique, cela cisèle la bouche. Un peu réchauffé, ce Blanc d'Argile se tient bien, sa matière est aérienne avec peu de carrure et une pointe oxydative. Ce n'est pas un Rachais puissant à la Boulard mais bel et bien un sublime Champagne délicat ... Deux vins qui ont surclassés le Meursault de Lalou Bize-Leroy. Pour ce soir-là en tout cas ...

 

 

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Voilà un monstre ! Un ovni signé Ghislaine & Alain Castex plus connu sous le nom de domaine Le Casot des Mailloles. Un domaine qui doit faire parti des 5 ou 6 en France à récolter leur raisins avec une extrême maturité. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça se sent. Ce "Soula" 2003 s'ouvre sur des notes de daim, de cuir et de chocolat. Un délice, une maturité folle bien tenue par une acidité volatile largement supérieure à la normale. Heureusement qu'elle est là d'ailleurs, c'est elle qui donne ce regain d'énergie et qui fait que l'on a envie de rester la bouche ouverte. Le vin est plus en place qu'il n'y paraît au premier abord. Un jus hors norme à la finale d'orange sanguine et à la matière souple et délicate. Du grand Casot ! C'est ce vin qui devrait valoir 500€ ! (mauvaise allusion au vin du domaine d'Auvenay de Lalou Bize-Leroy).

 

 

Puis, pendant un instant, je regoûte le 1877 tout en me disant qu'il lui manque un peu d'acidité volatile à celui-là ! Il y a près de 130 ans d'écart entre le vin du Casot des Mailolles et le Nuits du 19ième. Cette impression de traverser les années me fait prendre conscience que finalement il n'y a pas tant de disparité entre deux grands vins.

 

On continue avec un splendide rouge de Didier Chaffardon 2004. C'est comme à l'habitude ultra mûr, avec une pointe de brett aussi, mais le vin reste gourmand avec ses saveurs de raisisns chauds et un fond juteux irréprochable. Quel souffle dans cette bouteille !

 

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Deux Chenin terminent une belle soirée. Mark Angeli et Richard Leroy ne se présentent plus, ce sont désormais des légendes dans le vignoble. Pourtant "Les Noëls de Montbenault" 2000 (fait en moelleux à l'époque) de Richard Leroy s'est montré mou, pas dans un grand soir ...

L'Anjou 2002 de Mark Angeli, lui, s'était mis sur son 31. Sublime et sursublime ! Du grand Chenin qui semble énergique et qui monte progressivement (très long) pour finir sur un esprit de pureté ... Une très bonne bouteille pour finir une soirée et pour oublier son carnet de note dehors sous la pluie ... 

 

 

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Mon carnet fétiche, lessivé par une pluie battante ... à peine récupérable.

Rédigé par Jean-Charles

Publié dans #Les soirées de l'Hôtel Maillard

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boutique hotel paris 05/06/2012


500 euros pour du vin, c'est vraiment cher mais tentant.

fredybeans 23/06/2012


ohh le seul vin "inaturel" est gaté.... curieux


pas mal de 2001 viennent d etre remis en vente par le domaine et livré fin mai. Il fut judicieux de lui laissé  un peu de temps.... à moins que le domaine n'en ait effectivement trop fait.


belle deception... comme le noel 2000 et comme tant de sansonniere mal conservée. toujours decevant et à quel prix

fredybeans 23/06/2012


Je suis surpris car souvent j'ai eu des mesaventures avec les vins tres peu proteges et toi peu, combien de bouteille d'Angeli, vigneron paysan que j'adore,  ont fini à l'evier comme de
nombreuses autres. Je m'interrogeais, c'est tout.


Pour en revenir à Lalou il y a des ratés mais j'avoue etre passé au travers. Il y a des fautes de remplissage et je susi en guerre avec le domaine car ils se foutent du monde les niveau sont tre
ssouvent bas pour les vins anterieurs à 2004.


Par ailleurs les 2001 sont mis sur le marcher cette année  et encore pour les allocations 2012-2013. 


je vais degusté prochainement cette cuvée pour me faire mon idée.


Tu trouvais le vin mou, surboisé ou plat?


Apres 500 euros cela fait tres tres cher meme pour cette bouteille et là je partage totalement ton avis


 


amitiés